Le commerce mondial résiste aux tensions géopolitiques
Malgré la poursuite du conflit au Moyen-Orient et les perturbations provoquées autour du détroit d’Ormuz, le commerce mondial fait preuve d’une remarquable capacité de résistance.

Les échanges dans la région ont naturellement été affectés par le conflit, mais les chaînes d’approvisionnement se sont rapidement adaptées grâce à la réorientation des flux et à la mise en place d’itinéraires alternatifs. À l’échelle mondiale, les volumes d’échanges restent proches de leurs records et les exportations asiatiques continuent d’atteindre de nouveaux sommets.
Cette résilience est particulièrement importante compte tenu du rôle central de l’Asie dans les chaînes de productions mondiales, notamment dans les semi-conducteurs, l’électronique et les infrastructures nécessaires au développement de l’intelligence artificielle.
Le cycle d’investissement dans l’IA dépasse désormais largement le seul secteur technologique. La construction de centres de données entraîne une demande croissante pour les semi-conducteurs, mais également pour les équipements industriels, les infrastructures électriques, les réseaux et les systèmes de refroidissement.
L’investissement technologique devient ainsi progressivement un véritable moteur du commerce et de l’activité industrielle mondiale.

Le choc pétrolier ravive le risque inflationniste
Si l’activité économique résiste, le conflit avec l’Iran a profondément modifié les anticipations de politique monétaire.
La hausse d’environ 50 % du prix du pétrole depuis le début de l’année a ravivé les inquiétudes inflationnistes et entraîné une forte remontée des rendements obligataires.
Les marchés ont donc radicalement révisé leurs anticipations. Alors qu’ils envisageaient encore en février environ 60 points de base de baisse des taux de la Réserve fédérale, ils anticipent désormais plus de 30 points de base de hausse. En zone euro, les anticipations sont passées d’un statu quo à plus de 40 points de base de resserrement monétaire.
Les banques centrales restent particulièrement vigilantes face au risque de voir le choc énergétique se diffuser durablement à l’inflation sous-jacente. Le souvenir de l’épisode inflationniste de 2022 les incite à agir de manière préventive afin de préserver leur crédibilité.
Les situations restent néanmoins différentes selon les régions. La BCE a adopté une posture plus restrictive, tandis que la Fed maintient jusqu’à présent ses taux inchangés et conserve davantage de latitude grâce à son double mandat sur l’inflation et l’emploi. La Banque du Japon poursuit, de son côté, le processus de normalisation monétaire engagé avant le conflit.
Notre scénario central ne repose toutefois pas sur le retour d’un véritable cycle mondial de hausse des taux. Une partie importante du durcissement monétaire semble désormais intégrée dans les cours et les marchés pourraient même anticiper davantage de resserrement que ne le justifieront finalement les fondamentaux économiques.
L’IA continue de soutenir une croissance exceptionnelle des bénéfices
Malgré la remontée des taux, les marchés actions continuent de bénéficier d’un moteur particulièrement puissant : l’accélération des investissements dans l’intelligence artificielle.
Les dépenses consacrées aux centres de données pourraient atteindre environ 1 600 milliards de dollars en 2026, soit plus de trois fois leur niveau de 2024. Les estimations continuent par ailleurs d’être régulièrement révisées à la hausse.
Cette vague d’investissements se traduit directement dans les résultats des entreprises.
Les bénéfices américains pourraient progresser de 27 % en 2026 puis de 22 % supplémentaires en 2027. La dynamique est encore plus spectaculaire dans les marchés émergents, où la progression attendue atteint 65 % cette année.
Cette accélération est exceptionnelle en dehors d’une phase traditionnelle de sortie de récession. Elle explique en grande partie pourquoi les marchés actions ont continué de progresser malgré les tensions géopolitiques et la remontée des taux.
Le mouvement commence également à s’élargir. Les bénéficiaires ne se trouvent plus uniquement parmi les grandes valeurs technologiques : les investissements dans les infrastructures numériques profitent désormais à de nombreuses entreprises industrielles, aux producteurs d’énergie et à l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement de l’IA.
Un marché haussier qui présente néanmoins des signes d’excès
La progression des marchés reste jusqu’à présent principalement justifiée par la croissance des bénéfices plutôt que par une expansion excessive des multiples de valorisation. Il serait donc prématuré de qualifier la situation actuelle de véritable bulle.
Plusieurs indicateurs appellent néanmoins à davantage de vigilance.
La concentration des performances autour des entreprises bénéficiant directement des investissements dans l’IA a créé l’une des phases de momentum les plus puissantes des dernières décennies. La dynamique actuelle figure parmi les quatre épisodes les plus importants observés depuis quarante ans et sa vitesse n’a été dépassée que lors de la bulle Internet de 1999.
Plus préoccupant, la relation entre le momentum et les fondamentaux des entreprises – valorisation et qualité notamment – commence à se distendre. Une partie de la hausse semble donc désormais davantage entretenue par la poursuite du mouvement boursier lui-même.
L’enjeu n’est pas nécessairement de sortir des gagnants de l’IA, mais de ne plus considérer qu’ils constituent les seules opportunités du marché.
Certaines entreprises considérées jusqu’à présent comme les « perdants de l’IA », notamment dans les logiciels et plusieurs secteurs délaissés, ont connu des corrections importantes et commencent à présenter des valorisations attractives. Les valeurs industrielles, les entreprises de qualité et certains segments Value peuvent également permettre d’élargir les moteurs de performance.
Nos convictions pour septembre 2026
L’environnement reste paradoxalement favorable aux actifs risqués malgré la remontée des taux.
La croissance mondiale demeure résiliente, le commerce international reste dynamique et le cycle d’investissement dans l’intelligence artificielle continue d’alimenter une progression exceptionnelle des bénéfices des entreprises.
Nous conservons donc une exposition constructive aux actions, mais avec davantage de sélectivité et toujours à travers les produits structurés.
Les États-Unis restent soutenus par la puissance de leur écosystème technologique, leurs investissements dans l’IA et une croissance bénéficiaire particulièrement forte. Les marchés émergents bénéficient directement de la chaîne d’approvisionnement technologique mondiale.
Nous sommes plus neutres sur les actions européennes, où la croissance bénéficiaire est moins dynamique et où le durcissement de la BCE pourrait davantage peser sur l’activité.
Le scénario de septembre n’est donc ni celui d’une récession imminente, ni celui d’une poursuite sans risque de la hausse des marchés.
L’économie mondiale démontre une capacité de résistance supérieure aux anticipations, tandis que l’intelligence artificielle continue d’alimenter un cycle d’investissement et de croissance des bénéfices exceptionnel.
Mais l’environnement a changé : le choc pétrolier maintient le risque inflationniste à un niveau élevé, les banques centrales ont durci leur discours et les marchés actions présentent des signes croissants de concentration et de momentum.
Dans ce contexte, notre stratégie consiste moins à réduire fortement le risque qu’à mieux le répartir. Cette approche s’inscrit plus largement dans une stratégie de valorisation et de diversification du patrimoine adaptée aux différents cycles de marché.